Cela peut sembler dramatique, mais la linogravure n’est pas qu’un art : elle s’accompagne de son lot de courbatures et de douleurs. Il y a la tension constante sur les doigts et les muscles de l’avant-bras, et rester penché de longues heures provoque des raideurs au cou, au dos et aux épaules. Et oui, il y a toujours ce moment qui vous glace le sang lorsqu’un dérapage de la lame amène une coupure accidentelle (c’est réellement arrivé trois fois). Alors, le résultat en vaut-il vraiment la peine ? Voyons voir.

Le jour où on s’est dit : « Ça peut pas être si dur ? »

Transfert d’une image sur un bloc de lino

Planifier la séquence d’animation

Avant de tailler le moindre bloc, nous avons préparé l’animation dans After Effects pour établir le timing et l’enchaînement. Pour obtenir une sensation de stop-motion, nous avons réduit le nombre d’images au strict minimum nécessaire à un mouvement fluide — un choix à la fois créatif et une économie de temps. Une fois satisfaits, nous avons imprimé les images en vue du transfert.

Transférer les images

Nous avons employé une méthode artisanale mais efficace : du simple papier calque et un porte-mine. Chaque image était tracée puis retournée sur un bloc de lino, avant d’être frottée pour transférer le graphite en miroir. Un marqueur permanent a servi à renforcer les traits, les protégeant des bavures pendant la taille.

Taille d’un bloc de lino

Tailler les blocs

La taille des blocs, c’est là que la véritable aventure a commencé. Munis d’un éventail de gouges, nous nous sommes mis au travail, creusant délicatement les espaces négatifs tout en laissant le motif en relief. Pour les détails fins, les plus petites gouges en U et les lames droites sont devenues nos meilleures alliées, tandis que les grandes surfaces réclamaient les plus robustes.

Il n’a pas fallu longtemps pour comprendre la vérité derrière la réputation de la linogravure : c’est délicat ! Le moindre dérapage peut vouloir dire recommencer une image à zéro, et la cohérence d’une image à l’autre met à l’épreuve la main la plus sûre. La patience et la prudence étaient de mise : enlever de la matière est facile, mais la remettre ? Impossible.

Encrer les blocs

L’encrage exigeait sa propre finesse. À l’aide d’une spatule, nous préparions l’encre sur une plaque, puis la roulions jusqu’à ce qu’elle soit répartie uniformément et bien collante. Chaque bloc était encré avec soin pour s’assurer que chaque détail en relief soit recouvert.

Encrage et impression d’un bloc de lino

Imprimer

L’impression était à la fois gratifiante et un brin stressante. Nous posions le papier sur le bloc encré avec délicatesse, en veillant à ne pas le déplacer. Un baren servait à appliquer une pression uniforme et, après quelques essais et erreurs, nous avons trouvé le juste toucher pour une impression régulière. Soulever le papier pour révéler chaque image, c’était comme déballer un petit cadeau — parfois parfait, parfois un rappel que c’est en pratiquant qu’on progresse.

Piles d’images imprimées

Numériser et nettoyer

Une fois nos images imprimées bien sèches, nous les avons numérisées en haute résolution dans Photoshop. Éliminer un peu de bruit tout en préservant le charme artisanal était un équilibre délicat : nous tenions à garder les petites imperfections qui rendaient chaque tirage unique. De là, les numérisations nettoyées ont été réimportées dans After Effects pour l’assemblage.

Tout réunir

Une fois tous les tirages dans After Effects, nous les avons séquencés et avons admiré comment les mondes analogique et numérique se combinaient pour créer quelque chose de vraiment spécial. La texture naturelle, les imperfections et la qualité tactile apportaient une chaleur et une authenticité qu’aucun effet numérique ne saurait reproduire.

Se lancer dans ce projet d’animation en linogravure s’est révélé aussi gratifiant qu’éprouvant. Cela nous a appris la patience, la précision, et nous a donné une appréciation renouvelée pour l’art de l’estampe. Le résultat ? Une animation d’une singularité étonnante, pleine de vie et de caractère. Et la douleur ? Eh bien, entre les pansements, le whisky et un rappel du vaccin antitétanique, on a géré. Alors, est-ce que ça valait la peine ? À vous de nous le dire.

Tirages de linogravure terminés
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